dimanche 25 juin 2017

K.O

Fabrice Gobert

Antoine Leconte est un être dominateur et assez méprisant. Il se réveille à l'hôpital, et il apprend qu'il a eu une crise cardiaque, là où il pense qu'on lui a tiré dessus au pistolet. Son code de porte a changé, tout comme son adresse ou son métier. Cauchemar, complot, Antoine est perdu.

Un très bon film à suspense ! Laurent Lafitte est parfait dans ce type arrogant qui perd pied, tout comme son pote Boris (Pio Marmai, trop bien). Chiara Mastroianni aussi est parfaite, ainsi que les nombreux autres rôles féminins.
Un excellent après-midi au frais, salle climatisé. Il fait chaud : allez au ciné, il pleut : allez au ciné, il fait froid : allez au ciné!

dimanche 18 juin 2017

IVAN FANDIÑO EST MORT

"Fandiño, la dernière oreille" photo de Romain Tastet.


"Dépêchez-vous, je sens que je pars » Ainsi Ivan Fandiño agonise sur le sable. Ce qu'il confie à son compagnon de cartel Thomas Dufau est la sensation d'abandon. Son corps échappe au maestro basque, la vie lui échappe. Et la scène des toreros le portant à l'infirmerie ressemble à une « piéta » d'or et de sang. Jarocho, ne peut y croire, lui qui, vêtu d'argent, le salaire de la peur, avait déjà transporté le vêtement inhabité d'un compagnon inanimé. Il avait porté il y a moins d'un an le corps de Victor Barrio mort. La scène se répète avec une cruauté insupportable. Et les chaînes en or et les vierges, les prières dans la chapelle ne servent à rien. Dieu ne peut pas s'apitoyer sur le sacrifié. C'est la règne de l'eucharistie. Pourtant Fandiño ressuscitera. Non pas pour profiter de sa famille, mais en statue de bronze dans une rue de Bilbao, dans une avenue d'Orduña, en héros dont le mystère chorégraphique est pareil au cruel mythe gréco-latin : le taureau doit mourir, le héros peut mourir. Et Fandiño le savait.


De toute façon ce n'est pas son corps, cousu et recousu de coups de cornes. Ni la chambre d'hôtel éclairée par une lampe à huile. Peu importe de croire ou pas en Dieu. Il importe de savoir, apprendre jusqu'où on atteint le prix du sang. Qu'il n'y a ni petite arène ni taureau miséricordieux. Fandiño est mort au bord de l'Adour. Que signifie ce destin dans son étymologie primitive ? Et qui revêt de fatalité la trajectoire d'un torero obscur, obstiné, endurci dans la difficulté,
Parce que les toreros ne naissent pas à Orduña. Et ne débutent pas à Llodio. Les toreros basques officient dans « La Traviata » de Verdi, mais sont exotiques dans le tempérament méditerranéen. Ivan Fandiño n'avait pas un nom de torero, mais torero il fut. Pas plus des vaillants que des martyres, mais de ceux qui ont compris l'engagement, la volonté à plein temps et la vocation sacerdotale. Tout cela est défini dans un concept japonais, bushido, la voie du guerrier,
Combien d'heures de solitude dans le campo. Combien de faenas de salon. Combien de blessures. Combien de patience dans les placitas des élevages. Et combien de raisons de croire en soi-même. 
Ils ne vont pas respecter sur Twitter ni le chagrin, ni son cadavre, car les mouches volent encore autour de la mémoire de Victor Barrio, épurant la gangrène, mais les derniers messages qu'écrivit Fandiño ressemblent à une prémonition.

Le dernier d'entre eux est un crêpe noir dédiée à la mémoire d'Adrian, un gamin que le cancer dévora, et que les toreros avaient adopté comme un symbole de résistance : « RIP, Adrian. Les personnes passent, les faits restent, et ta force est un exemple » Cela pourrait être son propre épitaphe, mais cela vaut aussi pour d'autres messages écrits avant cet hommage.
« Personne ne trouve son chemin sans s'être perdu plusieurs fois »
« Quelque fois il n'y a pas de prochaine fois ou de seconde occasion . Quelque fois c'est maintenant ou jamais. »

Aucun torero ne veut mourir, mais tous les toreros sont disposés à le faire dans une arène. Et davantage jeunes que décrépits. Et pas pour ressusciter en statue de bronze ni en litanie de conteur de mauvais augure, mais pour donner un dernier sens familier, vous voyez, de jouer sa vie. Tout sur le noir. Tout.



Traduction libre d'isa du moun, texte original ici.


vendredi 16 juin 2017

Captieux , les novillos , très faibles, gâchent la fête

Arènes de Captieux, dimanche 11 juin
novillada de la Féria Rugby et Toros
photos Nicolas Couffignal et Matthieu Saubion

6 novillos de Luc et Marc Jalabert de faibles à très faibles
Pablo Aguado : un avis et silence, silence
Diego Carretero : silence, silence
Andy Younès : une oreille, deux oreilles
6 piques avec une chute
Cavalerie Bonijol
Prix à la meilleure estocade : Andy Younès
Prix à la meilleure pique : Tomas Copete « Tomasete »
Président : Miguel Telleria
8 à 9/10 ème d’arène  (moins de fréquentation que les années précédentes)
Météo de juillet andalou qui a retenu certains spectateurs auprès de leur climatisation.



Juin est le mois des toros en Gironde. La temporada commence dans ce département avec une novillada à Captieux, puis se termine par une non-piquée et une corrida, quinze jours plus tard, à La Brède. 
Cette année , la novillada capsylvaine ne restera pas dans les mémoires. La faute à un lot de novillos des Frères Jalabert faiblissime. D’un trapio conforme à la catégorie de la placita, ils n’ont pas eu les moyens physiques nécessaires pour permettre aux toreros d’exploiter le fond de noblesse de ces utreros.
Bien entendu , ils ont été mal piqués mais ils n’ont pris chacun qu’une seule pique. Ces premiers tercios n’ont fait qu’accentuer le manque de moyens physiques des bichos ;

L’attente des novillos , en pleine chaleur, dans le camion peut expliquer en partie le manque de force , mais elle n’explique les trains arrières «raides » de certains et en particulier du quatrième. Handicap qui n’est pas sans rappeler celui des Yonnet sortis à Mimizan, l’an passé.
Face à de tels adversaires, il n’est pas question de faena, de lidia et d’émotion « transmise » par un toréo profond. Il faut créer par une tauromachie sur un petit terrain, des « effets » de muleta. L’intérêt du combat entre l’homme et l’animal ou la beauté artistique d’une série de passes ne peut exister faute d’opposant.
Des trois novilleros, seul Andy Younès a su se mettre sur ce registre. Ses deux faenas sont marginales, plus trémendistes que toreras mais elles ont porté sur un  public venu essentiellement pour voir couper des oreilles. Comme l’arlésien tue très mal et vite  au premier et plus sincèrement au second., il coupe trois trophées dont deux très généreux comme souvent à Captieux.
Sous les yeux de sa  Peña  française , le sévillan Pablo Aguado ouvre les débats. Le premier Jalabert , plutôt léger, humilie bien mais montre des signes de faiblesse dès les premiers capotazos.  A la muleta, le bicho est noble. Aguado veut lui servir sa tauromachie en le toréant vers le bas. Le bicho tombe. Le reste de la faena à  mi hauteur comprend quelques jolis passages mais manque forcément d’émotion.  Pablo conclut mal à l’épée une faena trop longue.

Le quatrième est boiteux et handicapé du train arrière. Il ne permet pas de lier la moindre série de passes. Aguado abrège d’une demi en place et deux descabellos.

Diego Carretero se remet juste d’une blessure. C’est un torero qui a besoin pour s’exprimer d’un adversaire encasté , comme, en 2016, les Pedraza de Garlin et Saint Perdon.
Le second Jalabert , faible , laisse son peu de forces au cheval.  Il a une charge courte, s’appuie sur le torero qu’il finit par accrocher. D’une faena décousue , on retiendra trois naturelles. La mise à mort est à oublier.

Le cinquième manque de force mais arrive à suivre la muleta au troisième tiers. Soso, il ne transmet pas d’émotion. Carretero fait  l’effort de se centrer pour une bonne série de chaque main sans faire vibrer le public. Même son estocade engagée ne réveille pas le conclave.  La grande maladresse du puntillero agacera, elle,  le public qui sifflera même le torero à son retour au burladero.


Andy Younès  ne touchera pas un meilleur lot que ses collègues mais il réussira à porter sur le public. Son  premier, mal piqué, arrive à la muleta avec une charge « réduite ».
Sans se croiser, l’arlésien commence sa faena de façon classique mais brouillonne. Il la termine par une tauromachie plus encimiste qui lui permet de connecter avec le public. Il coupe une oreille malgré un vilain julipié très rapide d’effet qui parait convenable à un public peu exigeant si ce n’est sur « l’efficacité » de l’estocade.

Le dernier a un peu plus d’allant que les cinq premiers. Il est noble. Après un début de faena à la Castella , Younès commence par toréer le public. Il finit par revenir à une tauromachie plus sincère, en fin de faena et enchaine alors deux séries excellentes de derechazos et naturelles, histoire que les aficionados ne partent pas trop frustrés. L’estocade est cette fois-ci sincère et engagée mais plus longue à faire effet que la première. Le président accorde deux oreilles, « histoire de faire comme si » la course avait été brillante et entretenue. Il n’aurait plus manqué que le mayoral salue.


Ainsi se termine une novillada à oublier en attendant l’édition 2018 de la Féria Rugby et Toros.
Ce weekend, cartel à ne pas manquer à Aire avec les Baltasar Iban, dont certains sont colorados et très costauds (Aldanueva ???) et Juan del Alamo un des triomphateurs de la San Isidro.


Thierry Reboul